Dans la tête d’un pro : Guillaume Diaz aux WSOP 2018 (6)


Las Vegas. 19h. On entre dans la seconde partie du Day 2
dans le Monster Stack des WSOP. Avec un stack confortable de 66 blindes,
presque deux fois la moyenne, Guillaume Diaz ne dirait probablement pas
non pour jouer jusqu’au bout de la nuit. Mais il va devoir
se contenter de quatre heures. C’est déjà bien suffisant
pour laisser parler son talent. Guillaume, c’est à toi ! On relance UTG1. Dame-Valet off. Bas de range d’open. Encore une fois, sur une table
où les joueurs sont tous compétents, on n’aurait peut-être pas open ça,
mais là on peut se le permettre. La big blind, qui était un petit peu
la tête dans les nuages, revient à la réalité et défend. Top paire sur un board dry.
C’est un bon flop. On va c-bet un tiers pot. Encore une fois, on aurait pu
c-bet un peu plus cher, mais ce n’est pas
une grosse erreur. C’est payé rapidement. Turn : 3, qui ouvre un flush draw. La question, c’est : est-ce qu’on a
3 barrels sur un 6 ou un 5 ? Je n’en suis pas si sûr
malgré notre image très aggro. Le 2 barrel aurait été OK aussi.
Mais je décide de check. River : 7. Maintenant, le 4 fait quinte.
8-9 est rentré. Notre adversaire check
une troisième fois. Quand il check une troisième fois,
on a souvent la gagne, même s’il pourrait checker quelques
Dames un peu mieux kickées. Ouais. On va check-back.
On n’a plus trop de value. Il y a peut-être encore un petit peu
de value au turn, mais… J’avais peur que tu me check/raise. C’est bon pour moi si t’as peur ! – Vous êtes invité.
– Je suis invité ? – Je te 4-bet, tu fold.
– T’inquiètes… – Si t’es la big blind, ça se verra pas, non ?
– J’aurai deux As, mais bon… Ça me dérange pas beaucoup, ça.
Ils voient pas tes cartes ? Il est pas en dessous, le magnéto ?
Dis-moi quand même, que je sache. – Ça va, ouais.
– Ouais, ça va ? Ça va. Je suis pas là depuis
ultra longtemps, mais ça va. – Mais alors, c’est quoi, ça ?
– C’est pour s’assoir mieux. – Je peux tester ?
– Ouais, vas-y. C’est pour tes hémorroïdes ? Exactement. C’est pour le dos.
C’est vraiment stylé… – Putain, c’est cool, ça. T’as trouvé ça où ?
– Sur internet. – C’est trop bien, putain.
– C’est stylé. – Les jaunes, elles sont dégueulasses.
– Ouais. La plupart du temps,
j’ai toujours mal au dos. C’est João qui prend ça tout le temps.
Du coup, on l’a pris avec Ivan et Romain. – C’est bien.
– Ouais. Vous faites tourner selon celui qui deep run,
ou vous en avez acheté un chacun ? On en a acheté un chacun.
Comme des grands ! – Vous êtes frais chez Winamax !
– T’as vu ? Julien Sitbon qui vient d’arriver à la table.
Un joueur régulier français qui fait tout le circuit toute l’année
avec qui on s’entend très bien. Julien qui relance UTG. Je découvre As-Roi suited
deux crans à sa gauche. Il a quelque chose
comme 20 blindes. Un petit peu plus. On va évidemment 3-bet
pour “go broke”. Même si je sais que ce n’est pas
trop le genre de joueur qui va se level et qui va
tout mettre avec As-Valet off. Mais évidemment, on n’a pas
grand-chose d’autre à faire. La big blind qui fait tapis
pour un peu moins. Julien qui réfléchit. Qui paye. Il a évidemment une range
assez strong pour payer ici. Des Broadways suités,
majoritairement. Quelques As-x suités. Dame-4-7 avec un flush draw. Avec le tapis extérieur et les positions,
je pense qu’on peut se permettre de c-bet, de lui deny un peu d’équité avec ses mains type Roi-Valet de pique,
Roi-10 pique ou As-Valet de pique. On voit que notre adversaire
a deuxième paire, et ça lui suffit pour prendre ce pot. On prend l’extérieur
de quelques blindes. Il me coûte de l’argent, lui, à shove.
J’aurais passé préflop. Tu m’étonnes. Ah ouais, j’avoue… – Là, avec la cote, je peux pas passer.
– Ouais. As-Dame off en début de parole. On relance. Ce joueur au hi-jack
qui réfléchit longtemps. Ça ne nous donne pas
vraiment d’information. J’ai vu qu’il l’a fait
souvent avant. Et il fold. Tout le monde fold jusqu’à Julien. Il défend après une petite hésitation. Il l’a fait avec
une vingtaine de blindes, donc je pense qu’il a souvent hésité
à shove, plutôt que call ou fold. As-Roi-Valet. Très bon flop
pour notre range et notre main. On va évidemment c-bet. C-bet à 10 000. Un tiers pot. La seule information
qu’on avait pris préflop, du fait qu’il hésitait à relancer, me donne à penser
qu’il a souvent hit ce board. On aurait pu better plus cher,
encore une fois. Turn : doublette du Roi. Vraiment pas la meilleure dans le sens
où maintenant les Rois nous battent et on va très souvent faire folder
une main moins bonne si on bet la turn. River : Dame.
Maintenant, le 10 fait quinte. C’est une carte
qui ne change pas grand-chose. Ouais, Julien qui bet 26 000.
Demi-pot. Ça aurait été intéressant
de réfléchir à shove, mais je n’ai vraiment pas l’ambition
de lui faire passer un Roi ici, ni un 10. C’est soit call, soit fold. J’ai l’impression que notre main
est un peu trop forte pour folder, mais en même temps je pense
qu’il n’a vraiment pas beaucoup de bluffs, à part peut-être 8-9 de trèfle
ou 7-6 de trèfle. Des combos comme ça. Mais sinon, je ne pense pas
qu’il va tourner un Valet en bluff. Je ne pense pas non plus
qu’il va tourner un As en bluff. On va fold tranquillement. Je le respecte un peu trop,
mais bon. Je pense que c’est sage. Pire runout du monde.
Pire runout du monde pour ma main. Je suis de big blind. Tout le monde fold
jusqu’à la small blind, qui limp. Je découvre As-10 off.
Je vais évidemment relancer. Notre adversaire qui paye. Dame-6-4, tout à pique. C’est un board qu’on
a envie de c-bet. Clairement, avec cette main-là, on a envie de deny de l’équité
à des mains type Roi-Valet, Roi-10. Toutes ces mains-là sans pique
qui vont folder directement. Et on a aussi évidemment
une équité décente si on fait face à une Dame,
et encore plus si on fait face à un 6. Turn : doublette de la Dame.
C’est une carte intéressante. Maintenant, on va avoir du mal
à faire folder un 6 ou une paire. River : 3 offsuit,
qui ne change pas grand-chose. On a un petit peu
de showdown value au cas où notre adversaire
soit un joueur assez passif qui a décidé de check/call
au flop avec… …soit un Ace high moins bon,
soit un King high avec un flush draw. Check. Pas trop d’intérêt
à bluffer notre main. Notre adversaire
qui nous retourne une Dame. Il a essayé de nous attraper,
mais ça n’a pas marché. Pas beaucoup de jeu
en cette fin de journée. Relance UTG+1 de ce joueur. Je découvre deux 9 en small blind. Avec un peu plus de 25 blindes. Clairement, le resteal
me parait la meilleure option. Ça va clairement nous rapporter plus
d’argent que de défendre. All-in. On n’a évidemment pas
trop envie d’être 3-bet call. D’élargir un petit peu sa range avec
des Broadways, des As-Valet ou As-Dix. On peut faire fold
quand on shove ici. – Non. J’ai dit tapis.
– Pardon, j’avais pas vu vos jetons. – Vous avez compté ?
– 129. 129 000. Ça a l’air d’être
une décision dure pour lui. Je pense qu’il a vraiment
une des mains qu’on veut faire fold. Pourquoi t’as pas fait all-in
quand j’avais une paire de Rois ? J’avais un stack de 300 000.
C’était dur de faire tapis. Il me demande
pourquoi je ne l’ai pas fait avant, quand il avait deux Rois. Allez, ça passe. Ça ne fait pas de mal. Allez, c’est le break. Ça n’a pas été les deux
meilleures heures de la journée, mais on est encore là. On a encore de quoi se défendre.
Il reste deux heures à jouer. La fatigue commence
un petit peu à se faire sentir… …mais heureusement,
on a encore plein d’énergie. C’est la première fois
que je joue aux WSOP. – Vraiment ?
– Ouais. Je n’ai jamais eu
d’expérience de ce type. – C’est cool.
– J’aime bien. – Mais au Japon, il y a des casinos ?
– Non. Ils allaient ouvrir un casino dans deux ans
pour les Jeux olympiques de 2020. Ah, OK. Ils sont en train de débattre des modalités, parce que ça va être
le premier casino dans le pays. Ah OK. Les jeux d’argent sont interdits ? Les machines à sous sont autorisées, mais c’est un type
de machines très particulier sur lesquelles seuls
les Japonais savent jouer. Ah, OK. Notre Premier Ministre est en train
d’essayer de légaliser les jeux d’argent pour que les gens
puissent jouer aux cartes. Je pense que beaucoup de gens
se mettront au poker quand ça arrivera. Ah, OK. Ça va être sympa. Il va certainement avoir beaucoup
de gens qui vont vouloir y jouer. Tous ceux qui font
de l’e-sport et tout ça. De retour à table après
une petite discussion sympathique avec notre ami de tout à l’heure. Allez, prêt à tout donner
pendant deux heures. C’est parti… à fond. Relance à tapis du bouton avec 20 blindes. Un poil plus : 20,5 blindes. – Tapis.
– Je suis. On découvre As-Roi
après un long tank de la SB. Wow ! La même configuration
qu’au Day 1. Incroyable ! Roi-Dame contre Roi-Dame contre
As-Roi. Ça, c’est vraiment fou. Allez, ça hold. Incroyable d’avoir deux fois
la même situation. C’était As-Dame au Day 1,
mais là c’est… C’est incroyable. 144 000. Ouais, c’est vraiment
une situation hallucinante. Ça fait vraiment plaisir de tripler
comme ça sans rien avoir à faire. Juste à regarder ses cartes. Sympa de jouer avec toi. – Pareillement. Bonne chance.
– Merci. Allez, un gros triple up.
Ça va booster cette fin de journée. On repasse au-dessus de 70 blindes.
On va essayer de bien finir. Je découvre Dame-Valet suited UTG+1.
Je vais relancer à 13 000. Relance. La big blind qui défend. Ce joueur qui vient d’arriver à table.
On n’a pas beaucoup d’infos. Roi-6-2 avec notre
backdoor flush draw. On va évidemment c-bet. On c-bet un tiers pot pour faire folder
ses mains les plus faibles… et ça passe. Cassage de table. Bonne chance pour la suite. Ouais. Le plus important, ce ne sont pas
les cartes, c’est ce que vous en faites ! C’est bon, ça. Même les étrangers
connaissent la devise de Winamax. C’est beau.
Le marketing a bien marché. Salut, tout le monde. Arrivé à une nouvelle table pour les deux
dernières heures de la journée. Un peu moins…
Une heure et demie. Un petit peu plus de jetons à cette table. Je ne reconnais pas grand monde à part le siège 6, Stefan Huber,
qui est le fondateur de REG Charity. Je découvre deux 10 UTG+1.
Je relance à 13 000. Relance. – Tu as combien ?
– 440. C’est payé par la small blind… …et par la big blind. Roi-8-2 rainbow. On est 3-way. C’est un board qui avantage
clairement ma range d’open UTG. Même si ça a pas mal touché
la range de défense de la SB, on a envie de better en protection. Un petit peu en value
sur un 8, deux 9 ou une paire en dessous du 8. On a envie de protéger contre des mains type Dame-Valet,
As-Valet etc. Et ça passe. Allez, on gagne des petits coups. Ça fait toujours plaisir. Une fin de journée assez tranquille
depuis ce triple up incroyable. Relance du hi-jack 13 000. Je découvre As-10 off au bouton. Deux solutions possibles
contre ce stack de 40 blindes : on peut caller ou on peut 3-bet. Je décide de 3-bet. Ce joueur qui défend. D’expérience, les Américains
foldent pas mal sur 3-bet, donc on peut lui attribuer
une range assez strong s’il défend. As-6-4 rainbow. Très bon flop. Check. Je décide de check-back
pour mixer un peu. J’aime bien checker mes As les plus faibles
et représenter une main bien plus faible. Le laisser barrel. C’est le genre de joueur qui ne va pas
trop float hors de position… …donc on va souvent faire
face à un fold quand on c-bet. La turn, c’est un 10
qui ouvre un flush draw. Très bonne carte pour moi,
puisque maintenant on a top two. Notre adversaire qui bet assez petit. On n’a pas de raison de relancer. On va juste payer et continuer
à déguiser la force de notre main… … et espérer que notre adversaire,
soit continue à bluffer, soit se value cut. River : doublette du 4.
Une excellente carte pour ma main. Ça lui enlève les combos de 4 qui étaient
une des seules mains qui nous battaient. Et surtout, ça fait rentrer aucun draw, donc notre adversaire pourrait nous
mettre sur un draw à pique manqué, ou sur un Roi-Dame,
Roi-Valet qui aurait payé le turn. Ici, j’ai envie d’aller assez cher. Mais vu son stack, je pense qu’on n’a vraiment pas envie
de lui mettre trop cher, de lui demander tout son tapis
et de se retrouver à le faire folder un As. Et on est snap-call,
ce qui est une très bonne nouvelle. Ce qui nous fait passer à 600K,
soit plus de 100 blindes. C’est une belle arrivée sur cette table.
Tout se passe bien. Pourvu que ça dure. Relance du cut-off. 17 000. Il commence la main
avec quelque chose comme 350 000. On découvre deux 10 au bouton.
On va évidemment 3-bet pour value. Pour le coup,
contre ce genre de profil, on ne sera pas très content
d’y aller s’il 4-bet shove, mais malheureusement
on devra y aller. Wow. Il réfléchit. Il passe.
Il n’avait pas l’air d’avoir envie de… Je réfléchissais à 4-bet avec As-5. J’y pensais. Ça m’aurait mis
dans le pétrin vu la taille de ton stack. – J’étais là : merde, si je fais ça…
– Tu aurais 5-bet shove. Ouais, je crois.
Mais ça n’aurait pas été de gaieté de cœur. Cut-off contre bouton. Cut-off contre bouton, pas trop le choix,
mais je n’aurais pas été très content. Il réfléchissait à nous 4-bet
avec As-5 suited, mais il ne l’a pas fait. Allez, changement de table pour
la dernière ligne droite de cette journée. Salut, tout le monde. Cool ! Salut maman ! Tu dois le dire en français. En français. – Bonjour maman…
– Voilà ! Allez, 50 minutes à jouer, encore.
Tout le monde a l’air fatigué. Moi, je ne le suis pas.
Je suis en pleine forme. On va jouer du mieux possible, prendre les meilleures décisions
et finir cette journée au top. Les Français ne foldent jamais
leur big blind. Bien vu. Ce joueur au bouton qui me dit que les joueurs français ne foldent
jamais leur big blind. Il n’a pas tort. La SB qui limp, du coup. Il a quelque chose comme un peu
moins d’une vingtaine de blindes. Est-ce que je peux voir ? Merci. Paire de 2 en big blind.
Ça va être tapis. Rien d’autre à faire. All-in. À peine il est arrivé,
qu’il commence déjà à me malmener. Bon Dieu… Ouais, c’est déjà foldé. Tu m’en montres une ? – Je reprends un jeton.
– OK. – C’était 8 000 et il a mis 9 000.
– J’ai mis… – Il a mis 9 000, oui. C’est bon.
– Non… Ah, si. Si. Tu as mis 9 000. C’est bon. Encore une fois,
ça a l’air d’être une table très cool. Il avait raison.
Les Français ne foldent pas leur big blind. Tapis de ce joueur UTG+2,
pour 5 ou 6 blindes. On va payer.
Paire de 6 en big blind. Et c’est parti pour un petit flip. Wow, il a fait flush. C’était un petit pot de 5 blindes. Ça ne fait jamais plaisir
de les perdre, mais bon… 9-10 suited UTG+1.
C’est une relance. 18 000. Tout le monde fold
jusqu’à la big blind. Dame-9-5 avec un flush draw.
Notre adversaire n’est pas très deep. Quelque chose
comme 40 blindes. On va check back.
On a un kicker pas très élevé. Check. Turn : 2, qui ne change absolument rien.
Qui ne rentre pas la flush. Il bet 22 000. Seulement un peu moins
de la moitié du pot. On va évidemment payer. On bat quelques mains
qu’il bet en value, et on bat évidemment
beaucoup de tirages. River : As, qui rentre la flush.
C’est une carte assez intéressante. On est censé avoir quelques As
dans notre range de call turn. On n’a pas beaucoup de flushes. Il check. On n’a pas vraiment
intérêt à miser, et on perd contre Dame-10. Rien à déclarer. Tu en as presque terminé avec le Day 2
de ce Monster Stack, Guillaume. Un Day 2 difficile, mais tout de même profitable
notamment grâce à cet incroyable triple up, remake parfait du coup de la veille. Il te reste une heure à jouer ce soir. Avec 80 blindes,
plus de deux fois la moyenne, ta qualif’ pour le Day 3
ne devrait être qu’une formalité. On verra ça très bientôt, dans le prochain épisode
de Dans la Tête d’un Pro !

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